Soutenance de thèse de Mehdi SAKATNI

Ecole Doctorale
ESPACES, CULTURES, SOCIETES - Aix Marseille
Spécialité
Histoire
établissement
Aix-Marseille Université
Mots Clés
Syrie,mandat,nomades,développement,sédentarisation,
Keywords
Syria,mandate,nomads,development,settlement,
Titre de thèse
"Quand les Bédouins s'arrêteront". Histoire des politiques de sédentarisation en Syrie mandataire (1920-1941)
"When the Bedouin will stop". History of settlement policies in French mandate Syria (1920-1941)
Date
Samedi 25 Avril 2020 à 14:00
Adresse
Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, 5 rue du château de l'horloge, 13100 Aix-en-Provence
Salle Georges Duby
Jury
Directeur de these M. Nicolas MICHEL Aix Marseille Université
Rapporteur Mme Chantal VERDEIL Inalco
Rapporteur M. Eugene ROGAN St Antony's College, Université d'Oxford
Examinateur Mme Ghislaine ALLEAUME IREMAM UMR 7310
Examinateur M. Kurt FRANZ Université de Tübingen
Examinateur M. Simon JACKSON Université de Birmingham

Résumé de la thèse

Cette thèse de doctorat est consacrée à l’histoire de la rencontre entre deux mondes : d’une part, l’administration du mandat français qui a investi la Syrie suite à l’effondrement de l’Empire ottoman, à la fin de la Première guerre mondiale ; d’autre part, les populations bédouines nomadisant au sein de la steppe syrienne, un espace marginalisé aussi bien géographiquement qu’économiquement. Au centre des interactions entre ces deux univers, figure un des projets majeurs du mandat : la sédentarisation des nomades. À travers la concession de terres agricoles aux chefs de tribus, l’administration française vise à transformer les éleveurs bédouins en cultivateurs sédentaires, à accroître la surface cultivée et, à terme, à assurer le développement économique du pays. À partir des archives des administrations françaises en Syrie, l’étude présente les différents instruments et techniques de contrôle des populations bédouines élaborés par le pouvoir mandataire. L’analyse fait émerger la tentative française de combiner deux traditions impériales de gouvernement des nomades ; la première héritée de son propre empire colonial – et, en particulier, des expériences nord-africaines – et la seconde correspondant au legs de plusieurs siècles d’administration ottomane en Syrie. Dans l’effort d’accommoder ces deux traditions, le Haut-Commissariat français en Syrie évolue d’une conception binaire du territoire et de ses populations dans les premières années de la tutelle, pour s’orienter vers une politique d’inclusion de la steppe et des Bédouins au sein du territoire et de l’État syrien en construction. La volonté d’inclusion se traduit par une tentative de redéfinition de l’organisation sociale des Bédouins (« la tribu ») et de son rapport aux institutions politiques modernes (« l’État »). Le monde bédouin se constitue alors comme un système politique et un élément de la souveraineté, système dont le particularisme est reconnu par les autorités. Ce travail de recherche, en s’attardant sur les transformations des économies et des sociétés rurales dans le Moyen-Orient de l’entre-deux-guerres, s’efforce de repenser la nature politique de la tutelle mandataire et de réévaluer la place et le rôle de la frange bédouine dans la construction de l’État-nation en Syrie.

Thesis resume

This dissertation deals with the historical encounter between two worlds: on the one hand, the colonial imperialism of the French mandate that took place in Syria following WW1 and the collapse of the Ottoman empire; on the other hand, the Bedouin population wandering in the economic and geographic margin of the Syrian steppe. At the heart of their interactions, one of the main plans of the mandate: the settling process of the nomads. By granting agricultural land to tribal shaykhs, the French administration wished to transform the Bedouin into sedentary farmers, to increase the area under cultivation and, ultimately, to ensure the economic development of the country. Based on archives from the French administration in Syria, the study focuses on the various tools and techniques created by the mandate for the control of nomads. It puts forward the French ambition to reconcile two imperial traditions of ruling nomadic populations; the first one originated from its own colonial empire (particularly from past experiments in North Africa), the other being the heritage of several centuries of Ottoman administration. To combine these two traditions, the French administration evolved from a binary vision of the Syrian land and populations in the early years, to a policy of inclusion willing to integrate the steppe and the Bedouin in the national territory and in the rising Syrian state. The policy of inclusion led the mandate to redefine the social organization of the Bedouin (the “tribe”) in its relationship with modern political institutions (the “state”). The Bedouin world was thus shaped as a political system within the state, and its idiosyncrasy acknowledged by the authorities. This thesis – with its focus on the social and economic changes in Middle Eastern rural societies – tries to rethink the political nature of the French mandate and to reassess the role the Bedouin played in the state-building process in Syria.