Soutenance de thèse de BAPTISTE Nicolas
Titre de thèse
De la désirabilité sociale à la responsabilité environnementale. Enquête sociologique sur la valorisation du trail dans les Hautes-Alpes
From social desirability to environmental responsibility. A sociological study of the growing popularity of trail running in the Hautes-Alpes
Résumé de la thèse
En 2025, plus de 13000 événements de course à pied, dont presque la moitié de trails, ont été organisés en France d'après la fédération française d'athlétisme, soit une hausse de 25 % depuis 2015. Les territoires ruraux concentrent une part importante de cette offre en événements de course à pied (Madoré et Loret, 2021). Dans les parties montagnardes de ces territoires, le réchauffement climatique accentue les vulnérabilités du modèle touristique sur lequel elles sont largement basées, enjoignant leurs acteurs à développer des alternatives. L'objectif de cette thèse est d'analyser en quoi les événements de course à pied, dont ceux de trail, sont révélateurs de paradoxes environnementaux et socio-économiques dans les territoires montagnards touristiques. Cette thèse de sociologie s'appuie sur un cadre théorique interactionniste et structuraliste (chapitre 1). Menée dans le département des Hautes-Alpes, l'enquête mobilise des matériaux composés d'entretiens semi-directifs, d'observations directes (événements de course à pied) et participantes (club d'athlétisme), d'un questionnaire aux participant.es des événements, de données cartographiques, de documents d'archives et de documents institutionnels (chapitre 2). L'émergence du marché haut-alpin des événements de course à pied est d'abord retracée entre le début du XXème siècle et 2023. Durant cette période, un lien étroit est construit entre des acteurs (ex: organisateurs d'événements, acteurs du tourisme, militaires), la nature et des activités récréatives comme les événements de course à pied (chapitre 3). Ce lien forme les conditions locales de la désirabilité sociale d'une forme de course à pied, le trail. Un premier paradoxe est mis en évidence : la désirabilité individuelle et collective du trail se réalise par la justification de ses retombées économiques et sociales sur le territoire, au-travers de représentations d'une nature sauvage, tout en favorisant des mécanismes de sélection sociale et spatiale (chapitre 4). Un deuxième paradoxe en découle: la haute désirabilité du trail conduit à la formulation d'une critique à partir des impacts environnementaux attribués aux événements de trail, qui dévalorise cette activité et ses promoteurs (chapitre 5). Un ensemble de bonnes volontés sont alors mises en œuvre pour revaloriser les événements de trail et fournir à leurs acteurs une responsabilité environnementale, aboutissant à un troisième paradoxe: l'individualisation de la responsabilité environnementale révèle une distribution inégale des gains et des coûts des bonnes volontés, qui limite l'efficacité de la prise en charge politique de l'écologisation de ce loisir sportif de nature (chapitre 6). Le cas des Hautes-Alpes montre ainsi la reproduction d'une logique de valorisation touristique du territoire qui reformule les enjeux socio-économiques et environnementaux en montagne plus qu'elle n'y répond. Il réactualise également des questions sur les interactions nature-sociétés et fournit des pistes théoriques et méthodologiques à-travers le concept de valeur appliqué aux activités, à la nature et aux individus.
Thesis resume
In 2025, more than 13,000 running events, nearly half of which were trail runs, were organised in France according to the French Athletics Federation, representing a 25% increase since 2015. Rural areas account for a significant proportion of these running events (Madoré and Loret, 2021). In the mountainous parts of these areas, global warming is exacerbating the vulnerabilities of the tourism model on which they largely rely, prompting stakeholders to develop alternatives. The aim of this thesis is to analyse how running events, including trail running events, reveal environmental and socio-economic paradoxes in mountain tourism regions. This sociology thesis draws on an interactionist and structuralist theoretical framework (Chapter 1). Conducted in the Hautes-Alpes department, the research draws on data comprising semi-structured interviews, direct observations (running events) and participant observations (athletics club), a questionnaire for event participants, cartographic data, archival documents and institutional documents (Chapter 2). The emergence of the Hautes-Alpes market for running events is first traced from the early 20th century to 2023. During this period, a close link is forged between various actors (e.g. event organisers, tourism stakeholders, military personnel), nature and recreational activities such as running events (Chapter 3). This link shapes the local conditions for the social desirability of a form of running: trail running. A first paradox is highlighted: the individual and collective desirability of trail running is realised through the justification of its economic and social benefits for the region, via representations of wild nature, whilst simultaneously fostering mechanisms of social and spatial selection (Chapter 4). A second paradox follows from this: the high desirability of trail running leads to the formulation of criticism based on the environmental impacts attributed to trail running events, which devalues this activity and its promoters (Chapter 5). A range of goodwill initiatives are then implemented to enhance the reputation of trail running events and provide their stakeholders with environmental responsibility, leading to a third paradox: the individualisation of environmental responsibility reveals an unequal distribution of the benefits and costs of these goodwill initiatives, which limits the effectiveness of the political commitment to the greening of this nature-based sporting leisure activity (Chapter 6). The case of the Hautes-Alpes thus illustrates the reproduction of a logic of promoting the region for tourism, which reframes socio-economic and environmental challenges in mountain areas rather than addressing them. It also raises questions about nature-society interactions and offers theoretical and methodological avenues through the concept of value applied to activities, nature and individuals.