Soutenance de thèse de LANGLOIS Thomas


Titre de thèse

Manufacturing the Night. Le travail dans des bars et des clubs de Tunis

Manufacturing the Night. Labour, bars and clubs in Tunis

Date

22 juin 2026 à 14h00

Adresse

LEST CNRS-AMU 35 Av. Jules Ferry, 13626 Aix-en-Provence, France, Grande salle

Ecole doctorale

Espaces, Cultures, Sociétés - Aix-Marseille

Specialité

Sociologie

Etablissement

Aix-Marseille Université

Mots clés

Travail,Bars,Nuit,Tunisie,Management,Ethnographie

Keywords

Labour,Bars,Night,Tunisia,Management,Ethnography

Jury

Jury de thèse
Qualité Nom Etablissement
Directrice de recherche Mme MERCIER DELPHINE LEST AMU-CNRS
Chargé de recherche M. ALLAL Amin CERAPS, Université de Lille
Professeur des universités M. MELLITI Imed Institut Supérieur des Sciences Humaines et Sociales – Université de Tunis El Manar
Directrice de recherche Mme CATUSSE Myriam Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (IRMC) - AMU
Professeur des universités M. CALDERON GIL José Université de Lille
Directrice de recherche Mme SIMONET Maud IDHE.S Université de Paris-Nanterre
Professeur des universités M. TIFFON Guillaume Université d'Evry-Val-d'Essonne

Résumé de la thèse

Cette thèse étudie les établissements de divertissement nocturne en Tunisie à l'heure
du capitalisme de plateforme. Ces bars, restaurants et clubs de nuit, sont souvent pensés
comme des lieux de loisir, de sociabilité, ou de transgressions. Mais ils sont aussi des
lieux de travail. Comment celui-ci est-il mobilisé pour faire fonctionner ces
établissements marchands ? La littérature a décrit la restauration comme ménageant
une forte autonomie pour le personnel de première ligne, compensée par la charge de la
relation de service : la clientèle structure les rythmes de l'activité, la reconnaissance et la
rétribution du travail, notamment à travers le dispositif du pourboire. Comment dès lors
comprendre la volonté de contrôle portée par des sociétés de management, émergeant
en Tunisie depuis la révolution de 2011 ? La révolution managériale annoncée par ces
entreprises est-elle un effet d'annonce voué à entériner l'existant dans une nouvelle
langue marketing ? Est-ce là un moyen de transformer l'image de ces emplois, dans un
contexte d'insatisfaction des jeunes vis-à-vis du travail, également marquée par un
sentiment de déclassement et d'enfermement, tandis que les contraintes pesant sur les
entreprises les empêchent souvent de garantir un emploi stable ? En renouant avec les
approches de la théorie du processus de travail et discutant les travaux récents sur les
mondes du travail en Tunisie, la thèse montre que le développement de plateformes
numériques privées transforme les équilibres du marché de la nuit en Tunisie, qui
permettaient à ces établissements de s'en tenir au simple débit de boisson, et de réduire
le travail à des frais de distribution : le travail est reconnu comme pouvant démarquer
les établissements dans un climat concurrentiel, en termes de « service » et d'
« ambiance » (« jaw »). Dans le même temps les plateformes privées rendent pensable
une restructuration du contrôle, longtemps jugée vaine ou non rentable dans ce secteur.
Ce contrôle passe notamment par l'intermédiation des relations entre serveur·euses et
servi·es à travers des outils de surveillance, l'élargissement numérique du vivier de
recrutement, la planification de la captation et de la valorisation des subjectivités au
travail, la formalisation des relations d'emploi, et la tolérance réfléchie des
défoulements. Dans le même temps, cette restructuration productive consacre
l'introduction des plateformes comme un nouvel acteur des rapports de production dans
l'économie de la nuit. Reposant sur une enquête au travail, la thèse mobilise un matériau
ethnographique composé de récits d'observations, d'entretiens, une revue du droit qui
encadre ces établissements ainsi que l'analyse des publications numériques des
établissements.


Thesis resume

This thesis explores night-life venues in Tunisia in the time of platform capitalism.
Bars, night-clubs, and restaurants are often regarded as spaces of sociability, leisure, or
transgressions. But they are also places of work. How is labour mobilized in order to
make these nightlife venues function in a profitable way? The academic literature has
described the front-line service workers' high autonomy over the labour process in
restaurant work. This autonomy is often offset by the interdependence and vulnerability
to customers who structure work rhythms, recognition, and compensation for work.
This happens notably through tipping practices. How can we then understand
management companies' wish for ‘control' over the labour process? Many of these
companies have emerged after the Revolution (2010-2011) with a spirit of renewal. Is
the management revolution they advertised just a marketing slogan? Is the goal to make
these jobs more attractive in a context of youth discontent and frustration over work?
Meanwhile, companies are facing high pressure on the market often preventing them
from ensuring long-term and stable jobs. Combining a labour process analysis to the
recent studies of work in Tunisia, this thesis demonstrates how private digital platforms
modify local night-life market equilibriums. Previously, companies could keep to the
sales process and think of work as a mere operating cost. Work is now increasingly
recognised as a tool for companies to stand out on the markets, both in terms of ‘service'
and ‘atmosphere' (« jaw »). In the meantime, private digital platforms ease the control
over the labour process, which was formerly deemed impossible or unprofitable. This
control materializes through: the intermediation of workers-customers relationships
(transactions included), the digital enlargement of the labour market, the planned
captation and valorisation of subjectivity, the formalisation of work relationships on a
procedural but non-protective basis, and the reflected tolerance when employees let off
steam. At the same time, the digital platforms are consecrated as a new actor within the
relations of production. Based on a sociological inquiry at work, this thesis mobilises an
ethnographic material composed of field-note observations, interviews with workers, a
law review, and an analysis of venues' posts online.